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L´histoire

Saint-Pétersbourg au XVIIIe siècle

Le tsar russe Pierre le Grand, fondateur de Saint-Pétersbourg, a marqué l'histoire de cette ville et l'histoire de la Russie. De longue date, de petites colonies suédoises, finlandaises, estoniennes, russes peuplaient la région marécageuse baignée par les eaux du golfe de Finlande et du fleuve Neva. Au XVIIe siècle, ce territoire passe en possession de la Suède, la Russie reste privée de l'accès à la mer Baltique. En 1700, le jeune tsar Pierre Ier, plein de résolution d'avancer la Russie à la civilisation européenne, commence la guerre contre la Suède. La défaite de son armée sous Narva, le 19 novembre 1700, succède aux victoires remportées. En 1709-1710, Pierre Ier gagne Riga, Revel (Tallinn), Viborg, villes du littoral de la Baltique.

Saint-Pétersbourg est née de la volonté du tsar Pierre Ier d'assurer la défense des territoires avoisinants à la Baltique, enlevés aux Suédois au début de la Guerre du Nord (1700-1721). Il avait l'intention d'ouvrir la Russie sur l'Europe et de bâtir la nouvelle capitale de la Russie sur le modèle occidental. Pour construire et décorer la ville, le tsar invite l'architecte français Leblond, les Italiens Trezzini, Micchetti, Rastrelli, des peintres, des ingénieurs, des artisans étrangers. Il envoie des jeunes doués en Italie, en France et en Hollande pour apprendre des arts européens (les peintres Nikitine, Matveev, les architectes Eropkine, Korobov).

Afin de préserver l'embouchure de la Neva des Suédois, les premières constructions de la cité furent des fortifications. La date de fondation de la forteresse Pierre-et-Paul, le 16 mai 1703, est considérée comme le jour de naissance de la ville. La forteresse de l'Amirauté, futur premier chantier naval russe sur la Baltique, devait défendre l'entrée dans la Grande Neva, celle de Kronstadt assurait la défense du côté de la mer. Selon les édits de Pierre Ier, les constructions en pierre sont interdites ailleurs que dans la nouvelle ville, capitale du pays depuis 1712. Chaque bateau entrant dans son port doit apporter des pierres ou des briques. Le premier palais construit en brique fut la propriété de l'ami du tsar, premier gouverneur de la ville, Menchkov (1710, par les architectes D. Fontana et G. Schädel). Pierre Ier y recevait les ambassadeurs étrangers, fêtait les victoires de la Russie.

Sur les chantiers de la ville peinent des soldats et des paysans russes, des prisonniers suédois, des Estoniens et des Finnois qui peuplaient la région. On dénombre, vers la fin du règne de Pierre Ier, 75 000 habitants: recrutés de tout le pays, installés forcément, obligés de vivre ici. Toutes les sphères de vie deviennent réglementées à Saint-Pétersbourg. Le tsar ordonne de porter les habits européens, de participer dans ses "assemblées" (fêtes), d'habiter dans des maisons modèles, adaptées à chaque classe de la société, de se promener en bateaux (au signal du canon; en hiver, en traîneaux à voile) sur la Neva.

Saint-Pétersbourg s'ordonne autour de la Neva et se développe vers le Sud: deux affluents de la Neva, la Moïka et plus tard la Fontanka, bordent les quartiers gagnés sur les marécages, les champs et les forêts. Au prix de la vie de 150 000 personnes, mortes en quelques années du travail inhumain, en 1725, année de la mort de Pierre le Grand, la ville possède l'Académie Navale, les écoles du Génie et de l'Artillerie, le Sénat, le Synode (institué en 1721 au lieu du Patriarcat), les imprimeries, la bibliothèque scientifique et même le premier musée de Sciences naturelles. La transformation globale du mode de vie traditionnel, les impôts démesurés font opposition à la politique de Pierre Ier. Des révoltes spontanées de paysans et des complots de boyards marquent l'époque de Pierre le Grand, surnommé "Antéchrist". "Le prisonnier, enchaîné dans sa propre ville", selon le poète Maïakovski, l'homme d'Etat et l'homme d'action à "l'esprit plein de hautes pensées" (Pouchkine) fut le premier (proclamé en 1721) et le plus célèbre des empereurs de la Russie.

Après la mort de Pierre Ier, le climat naturel et politique de la nouvelle capitale, peu propice à la vie, pousse les habitants à l'abandonner. La fille du fondateur de la ville, Elisabeth Petrovna, intronisée en 1741, séjournant souvent à Moscou, continue l'œuvre de son père. L'impératrice protège les arts, la science nationale, elle fond à Saint-Pétersbourg le théâtre public (1756, il était connu sous le nom de Kamenny qui signifie de pierre), l'Académie des Beaux-Arts (1757). Le premier savant russe Mikhaïl Lomonossov (1711-1765) travaille à l'Académie des Science de Saint-Pétersbourg. Elisabeth charge l'architecte d'origine italienne Bartolomeo Rastrelli d'élever le Palais d'Eté (démonté à la fin du XVIIIe siècle), de reconstruire les palais de Peterhof et de Tsarskoïe Selo aux environs de Saint-Pétersbourg. L'architecte participe à la construction du palais Anitchkov à la perspective Nevski. L'ancienne percée dans la forêt, devient la rue principale de la ville, où Rastrelli (fils du sculpteur et de l'architecte Rastrelli venu en Russie sous Pierre le Grand), grand maître du baroque russe, élève également les palais Stroganov et Vorontsov. L'œuvre la plus connue de l'architecte et l'un des plus importants monuments architecturaux et historiques de la ville - le Palais d'Hiver (1754-1762). Cet édifice gigantesque à deux étages (420 salles), abondé de colonnes, de statues, de balustrades, d'encadrements de portes et de fenêtres, organisé autour d'une cour fermée, devait servir de résidence d'hiver de l'impératrice Elisabeth. Son passe-temps préféré: bals, réceptions, spectacles, exigeait un encadrement luxueux, mais le Palais était à peine achevé lorsqu'elle mourut. L'impératrice était extrêmement religieuse, respectait pieusement les rites, observait le jeûne. Sous son règne, plusieurs églises furent construites ou fondées: le couvent Smolny, conçu par Rastrelli en 1748; la cathédrale Saint-Nicolas des Marins, entre 1753-1762 par l'architecte russe Savva Tchevakinski, élevée dans le quartier peuplé au XVIIIe siècle par le personnel du département de la Marine de guerre.

En 1743, Sophie d'Anhalt-Zerbst, fiancée au neveu d'Elisabeth, futur Pierre III, quitte Zerbst, ses proches et son nom à jamais. En 1762, lors du coup d'Etat elle prend le pouvoir sous le nom de Catherine II. Elle s'attache à affermir son pouvoir (des coups d'Etat sont devenus une habitude après la mort de Pierre Ier), s'impose aux yeux de l'élite européenne comme une souveraine civilisée. Grâce à Diderot, Catherine II devient collectionneuse. En 1764, elle acquiert sa première collection de tableaux, le noyau du musée de l'Ermitage. Le style classique revenait à la mode à Paris, Catherine la suit. Rastrelli fut congédié et oublié. Le Français Vallin de la Mothe construit à côté du Palais d'Hiver le Petit Ermitage (1764-1775), l'architecte George Velten prolonge une suite des palais le long de la Neva par le Vieil Ermitage (1775-1785). Le dernier bâtiment impérial, qui donne sur la Neva, est le Théâtre de l'Ermitage (1783-1787) créé par l'architecte italien G. Quarenghi. Le quai du Palais (1,7km) recouvert du granit, mainte fois reproduit par les peintres de l'époque (F. Alexeïev, B. Patterssen), devient la façade d'apparat de la capitale de Russie. Catherine II se prétend la continuatrice des affaires de Pierre Ier, elle embellit la ville, agrandie l'empire et renforce l'absolutisme. Le socle de la plus célèbre statue de la ville, œuvre du sculpteur français Etienne Falconet, porte l'inscription concise: "A Pierre Premier, Catherine Seconde". Le site de la statue fut bien choisi: elle est au milieu de la vaste place, à une certaine distance - l'Amirauté, le Sénat et le Synode, sur la rive opposée de la Neva - l'Académie des Beaux-Arts et l'Académie des Science. Du haut de la roche, le Cavalier de bronze (le nom donné par le poète Pouchkine) sur son cheval indique de main tournée vers la Neva tout ce que fut créé par son génie.

Ici, à la place du Sénat, le 14 décembre 1825, la vulnérabilité de l'absolutisme s'est manifestée par la révolte des éléments de la noblesse russe, membres des sociétés secrètes, qui avaient pour objectif d'instaurer le régime constitutionnel.

Saint-Pétersbourg au XIXe siècle

La ville "fastueuse et pauvre" (Pouchkine) grandie. Au premier quart du XIXe siècle, sous le règne d'Alexandre Ier, marqué par la victoire de la Russie sur les armées napoléoniennes, le style empire prédomine, les édifices monumentaux glorifient la victoire et la puissance impériale. La particularité de l'urbanisation consiste à la création de grands ensembles architecturaux. L'architecte français Thomas de Thomon aménage la pointe orientale de l'île Vassilievski, ancien port de la ville, où il construit la Bourse (1804-1810) et deux colonnes-phares. Les architectes Andreï Voronokhine, Andrian Zakharov, Vassili Stassov, Carlo Rossi reconstruisent des quartiers de la rive gauche de la Neva. Selon leurs projets, les bâtiments isolés s'unissent par de vastes places. Vers le milieu du XIXe siècle, les places du Palais, du Sénat et Saint-Isaac constituent l'espace unique au bord de la Neva. Le Palais d'Hiver, l'Etat-Major Général, la colonne Alexandre, l'Amirauté, la cathédrale Saint-Isaac y sont situés. La flèche dorée de l'Amirauté, décorée de la girouette représentant une caravelle (emblème de la ville), conduit à l'ensemble de la perspective Nevski et les places avoisinantes: place de Kazan qui doit son nom à la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan (1801-1811, par Voronikhine), la place des Arts et la place Ostrovski conçues par Carlo Rossi.

Après avoir construit et aménagé le théâtre et la place Alexandrinski (Ostrovski, le nom actuel) et la rue du Théâtre, le palais Michel et la place du même nom (aujourd'hui, la place des Arts), le palais Elaguine, les bâtiments de l'Etat-Major Général, du Sénat, du Synode, qui ont donnés à la ville sa particularité et son apparence actuelle, Carlo Rossi meurt dans l'oubli, en 1849.

Au milieu du XIXe siècle de nouvelles exigences changent d'attitude à l'égard de l'espace urbain. L'harmonie des ensembles classiques commence à sembler monotone et à écraser de son grandeur. La physionomie de Saint-Pétersbourg change à la seconde moitié du XIXe siècle. L'éclectisme se répande, il s'exprime surtout dans la décoration des façades en styles des époques passées: néo-Renaissance (l'hôtel de Stieglietz, 1862, l'architecte Krakau) et néo-baroque (le palais du grand-duc Michel, 1861, l'architecte Stackenschneider), néo-russe (l'hôtellerie de la laure de la Trinité-Saint-Serge,1857, l'architecte Gornostaev; l'église Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé, 1883-1907, l'architecte Parland). Le panorama architectural devient plus varié, à côté des palais et des casernes apparaissent des maisons de rapport, des établissements d'étude, des banques, des hôpitaux, des théâtres. On plante des parcs, inaugurent des statues et des monuments commémoratifs. L'érection des ponts Alexandre II (1874-1879; de nos jours Liteïny) et de la Trinité (1897-1903) contribue à la construction accélérée dans le quartier industriel de Vyborg et le côté de Petrograd, où le style Art nouveau avec son renouveau décoratif et fonctionnel se manifeste en œuvres des architectes Lidval (l'immeuble du 1/3, Kamennoostrovski prospekt), Hogen (l'hôtel de Kchessinskaïa), V. V. Chaub (l'immeuble du 13, Kamennoostrovski prospekt).

Saint-Pétersbourg au XXe siècle

Au début du XXe siècle, la capitale célèbre le jubilé de la réforme de 1861 (l'abolition du servage), le bicentenaire de Tsarskoïe Selo et son propre bicentenaire, les anniversaires des batailles sous Poltava, sous Lesnaïa, de Borodino, le tricentenaire de la famille Romanov. Le grondement des feux d'artifice infinis brouillent les sons éloignés de la guerre russo-japonaise, les coups de feu et les cris des blessés à la place du Palais, les détonations de terroristes. Les tournants de l'histoire, Première Guerre mondiale et révolution bolchevique de 1917, interrompent le développement de la ville. Son centre historique se dégrade aux années 20: la haine du régime tsariste fait démonter les attributs de l'absolutisme (aigles bicéphales, sceptres, couronnes) des édifices. Le décret du pouvoir des soviets du 12 avril 1918 oblige d'enlever "des monuments, érigés en l'honneur des tsars et leurs valets". Le décret du 20 août 1918 abroge le droit de propriété immobilière; les maisons, privées de maintenance, se détruisent. En 1920, la population se réduit à 722 milles personnes (en 1917 - 2,3 millions), plus de 500 rues, places, ponts, rivières sont débaptisés, presque 400 noms sont disparus avec ce qu'ils désignaient. En 1924, la ville provinciale (depuis 1918) elle-même reçoit un autre nom - le nom de Leningrad. L'afflux de population, vers la fin des années 20, et la réalisation des objectifs sociaux exige la construction accélérée de logements, de centres de repos, d'établissements administratifs. Les anciens faubourgs sont en chantiers. Le palais de culture Gorki, le premier bâtiment soviétique d'une école à l'avenue des Grèves, dont le plan représente l'emblème soviétique (faucille et marteau), l'immeuble d'habitation (13, quai Karpovka), le premier cinéma soviétique "Moskva" (Moscou) sont les exemples du constructivisme fonctionnel, style dominant des années 20 et 30. La Deuxième Guerre mondiale durement éprouve la ville. Le 8 septembre 1941 elle est encerclée, le siège de 900 jours commence. Plus du quart de la population périt, le tiers du locatif fut détruit pendant ses terribles années. La reconstruction de la ville, commencée en 1944, se termine vers 1950. Aux années 50, l'essor de l'industrie double son niveau d'avant guerre, la première ligne du métro entre en service et relie les quartiers renouvelés du sud-ouest au centre historique de la ville. On reprend la tradition "du coup de canon de midi", introduite aux XVIIIe siècle pour vérifier l'heure. L'un des deux canons, installés sur un mur de la forteresse Pierre-et-Paul, donne le signal de midi. Pour décorer la place des Arts, le sculpteur Anikouchine crée la statue du poète Alexandre Pouchkine. Le plan général du développement de la ville (1966) prévoit la construction de nouveaux quartiers sur la côte basse du golfe de Finlande (création de la façade maritime de la ville) et la conservation intacte du centre historique de la ville.

L'époque post-soviétique rend à la ville son nom d'origine - Saint-Pétersbourg. Le théâtre Kirov redevient Mariinski, des rues retrouvent leurs noms historiques. Les écoliers de la ville étudient l'histoire de Saint-Pétersbourg, la nouvelle discipline, "Histoire de la culture" s'introduise à l'école supérieure. Le trait distinctif de plusieurs habitants est leur attachement à l'histoire de la ville, à son architecture. Grâce aux amateurs et aux patriotes de la ville, malgré les cataclysmes du XXe siècle, Saint-Pétersbourg, grand centre culturel de la Russie, reste l'une des plus belles villes du monde.

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